Faut-il encore écrire « J’espère que vous allez bien ? »

13 avril 2026

J’espère que vous allez bien est une formule omniprésente dans les emails professionnels.

Le problème n’est pas tant ce qu’elle dit, mais ce qu’elle produit. Se soucie-t-on réellement de l’autre ? 

Ou cette phrase sert-elle simplement d’entrée en matière polie avant de passer aux choses sérieuses ?

En l’observant attentivement, j’ai remarqué que derrière une formulation apparemment neutre, les effets varient considérablement.
Voici ceux que j’ai identifiés :

LA RELATION EST ÉTABLIE

Dans ce cas précis, la phrase relie deux personnes. Elle crée une courte pause humaine avant l’objet du message. Elle dit je pense à vous et c’est perçu comme tel. 

LA RELATION EST INCERTAINE

La phrase surprend.  Pourquoi cette sollicitude soudaine ? Que va-t-on me demander ? La personne est en alerte avant même de lire la suite.

LA RELATION N’EXISTE PAS

La phrase provoque le même effet que si une personne inconnue essayait de vous embrasser. Elle sonne faux — et déclenche, très naturellement, le rejet.

Trois contextes, trois effets. C’est ce que j’appelle l’illusion du mot passe-partout : la conviction qu’il existe des formules capables de s’adapter à tous les cas de figure. Or, cette phrase-là démontre le contraire. Elle n’est pas neutre. Elle suppose une relation — et quand celle-ci est incertaine ou inexistante, le lecteur ressent immédiatement que ça sonne faux. 

Vos mots produisent des effets, je les analyse.

Anita Hochstetter, Bleu Encre.

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