Pour être honnête ou le courage de faire entendre sa voix.
28 octobre 2026Si les mots et leurs effets restent au cœur de mes réflexions, il m’arrive d’avoir envie de les explorer sous un angle différent. La voix des femmes, et la manière dont elle parvient ou non à se faire entendre est un sujet qui me tient particulièrement à cœur.
Pour approfondir cette thématique, je me suis intéressée à l’expression « Pour être honnête », qui m’a conduite à réfléchir au sens de cette formule dans notre façon de communiquer.
Il est intéressant de constater que même lorsqu’elles disposent d’une liberté de parole, certaines femmes semblent avoir du mal à exprimer franchement ce qu’elles pensent ou ce qu’elles désirent. Comme si leur voix intérieure était muselée par une forme de politesse devenue presque automatique. Peur du conflit ? Désir de plaire ? Crainte d’être jugée ?
Cette voix de façade peut alors chercher davantage à préserver leur image ou leurs relations qu’à exprimer ce qui leur tient vraiment à cœur. Le problème, c’est qu’à la longue, certaines femmes prennent non seulement le risque d’étouffer leur propre voix, mais aussi de laisser les autres occuper une place qui devrait être la leur.
Ainsi s’interroge Carol Gilligan dans son ouvrage Une voix humaine à propos de l’expression « Pour être honnête » :
« Est-ce un prélude à un changement de voix ? « […] L’indicateur que je m’apprête à dire autre chose que ce que je dis déjà, cette fois en admettant ce que je dirais si j’étais vraiment sincère ? »
Pourquoi apprenons-nous à taire notre véritable voix ?
Cette difficulté à faire entendre sa véritable voix n’est évidemment pas propre aux femmes. Mais elle prend une résonance particulière lorsqu’on l’examine à la lumière des attentes auxquelles les filles sonttrès tôt confrontées.
Sur cette question également, Carol Gilligan apporte un éclairage intéressant.
Selon elle, nous apprenons dès l’enfance à adapter notre comportement aux attentes associées à notre genre. Pour être acceptées, reconnues et appréciées, les petites filles peuvent ainsi intégrer l’idée qu’il vaut mieux se montrer conciliantes, préserver l’harmonie et éviter les conflits.
Cet apprentissage peut influencer la manière dont elles exprimeront plus tard leurs opinions, leurs désaccords ou leurs désirs. Gilligan souligne ce paradoxe :
« Pour avoir des relations, les enfants doivent apprendre à ne pas exprimer certaines parts d’eux-mêmes au sein de ces relations. »
Dans les recherches menées pour son livre, Gilligan relève également une crainte partagée par de nombreuses adolescentes : si elles exprimaient leurs pensées, leurs émotions ou leurs sentiments, personne ne voudrait d’elles. L’une d’elle ajouta même : « Ma voix résonnerait trop fort. »
« A leur entrée dans l’âge adulte, les jeunes filles sont en réalité initiées à une forme particulière de silence. » Autrement dit, pour préserver le lien avec les autres, nombreuses sont celles qui apprennent à sacrifier une partie de leur propre voix.
Gilligan voit également dans les mots « réellement », « vraiment » et « pour être honnête », des indices de l’émergence de cette voix authentique lorsqu’ils surgissent dans une conversation.
Dire ce que l’on pense, avec politesse et sincérité, c’est aussi accepter de ne pas toujours correspondre aux attentes de l’autre, prendre le risque de lui déplaire, de provoquer un désaccord ou de modifier l’image qu’il se fait de nous. Et ce n’est pas toujours très agréable à vivre, il faut bien le dire. Mais la sincérité, si elle peut parfois mettre nos relations à l’épreuve, est aussi ce qui leur permet d’évoluer.
Anita Hochstetter, Bleu Encre.
Pour prolonger cette réflexion sur la voix, notamment celle de l’empathie, qui est trop souvent réduite au silence, je vous invite à découvrir le livre de Carol Gilligan, Une voix humaine, paru aux éditions Climats.
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